Au supermarché, on choisit souvent un produit pour ce qui est écrit en gros sur le devant : « riche en céréales », « source de fibres », « recette à l'ancienne ». Puis on le pose dans le caddie, sans jamais le retourner.
Pourtant, la vraie carte d'identité du produit est au dos, en petits caractères. Et elle obéit à une règle que peu de gens connaissent.
Je me souviens d'une barre de céréales « fitness » que j'avais prise sans réfléchir, un jour où je n'avais pas le temps de déjeuner. Sur l'emballage, il y avait des épis de blé, une silhouette sportive et la mention « riche en fibres ». J'ai retourné le paquet en la mangeant, un peu par habitude. Voici ce que j'ai lu :
Céréales 32 % (flocons d'avoine, riz soufflé), sirop de glucose, fibre de chicorée, sirop de riz, chocolat au lait 8 %, dextrose, miel, huile de tournesol, arôme.
Les céréales arrivaient en premier, comme promis. Mais en dessous, j'ai compté quatre sucres différents : le sirop de glucose, le sirop de riz, le dextrose et le miel, sans parler de celui du chocolat. Chacun, pris seul, pesait moins lourd que les céréales. Additionnés, ils les dépassaient très probablement. Ce jour-là, j'ai compris que l'ordre des ingrédients ne ment pas, mais qu'on peut le contourner en découpant le sucre en plusieurs morceaux.
Une règle simple, imposée par la loi
En Europe, la liste des ingrédients doit être classée par ordre décroissant de poids, au moment de la fabrication. [1] Le premier ingrédient est celui qui pèse le plus dans la recette, le dernier celui qui pèse le moins.
Autrement dit, le premier mot de la liste, c'est ce que vous achetez le plus. Et les trois premiers vous disent ce que contient vraiment le produit.
Le piège : un même ingrédient, plusieurs noms
Il existe pourtant une façon de contourner cette règle sans l'enfreindre : découper un même ingrédient en plusieurs formes.
Prenons un exemple type de biscuits, tel qu'on en trouve dans tous les rayons :
Farine de blé, sucre, huile de palme, sirop de glucose, dextrose, cacao maigre, poudre à lever, sel.
À première lecture, le sucre arrive en deuxième position, derrière la farine. Mais regardez mieux : il apparaît trois fois. Sucre, sirop de glucose, dextrose. Trois noms, une même famille.
Chaque forme, prise seule, pèse moins lourd : elle recule dans la liste. Additionnées, elles pourraient très bien passer devant la farine. Rien d'illégal : la loi impose de nommer chaque ingrédient, pas de les regrouper.
Les noms du sucre à repérer : sucre, sirop de glucose, sirop de glucose-fructose, dextrose, fructose, maltodextrine, sucre inverti, sirop d'agave, miel, jus de fruits concentré.
Un produit peut contenir beaucoup de sucre sans que le mot « sucre » soit en tête de liste.
Le pourcentage que l'on ne regarde jamais
La loi prévoit une autre protection, très peu connue. Quand un ingrédient figure dans le nom du produit, ou qu'il est mis en avant par des mots ou une image sur l'emballage, son pourcentage doit être indiqué. [1]
Un yaourt « à la fraise », des biscuits « au beurre », une soupe « aux légumes du soleil » : le pourcentage est écrit dans la liste, juste à côté de l'ingrédient. C'est souvent bien moins que ce que la photo laisse imaginer.
Pourquoi c'est important
Ces sucres cachés ne restent pas sur l'étiquette. Ce sont eux qui font monter la glycémie, puis la font redescendre, avec la fringale qui suit. Certains d'entre eux, comme le fructose ou le sirop de glucose-fructose, se retrouvent aussi derrière certains ventres qui gonflent. Lire une étiquette, c'est déjà commencer à comprendre ses propres signaux.
Le réflexe en dix secondes
La prochaine fois que vous faites vos courses, prenez deux produits semblables et retournez-les :
- lisez les trois premiers ingrédients ;
- comptez combien de noms du sucre apparaissent dans toute la liste ;
- vérifiez la ligne « dont sucres » du tableau nutritionnel : elle, elle additionne tous les sucres.
Puis choisissez celui dont la liste est la plus courte, avec des mots que vous reconnaissez.
Une liste courte, avec des mots que vous comprenez : c'est souvent bon signe.
Pour aller plus loin : Métabolisme et énergie · Reprendre la main sur son assiette
Sources
- Règlement (UE) n° 1169/2011 du Parlement européen et du Conseil concernant l'information des consommateurs sur les denrées alimentaires, articles 18 et 22. https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=CELEX:32011R1169
Cet article a une vocation informative. Il ne remplace ni un avis médical, ni un accompagnement personnalisé.
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